Eté 2005 : je reçois un coup de fil d'un producteur me demandant si je suis intéressé par la création de costumes pour une chanteuse. Ce n'est qu'au deuxième appel que j'apprends son nom. Je sais que Mylène est sensible, complexe, mystérieuse. Je me rends au premier rendez-vous, intrigué, intimidé.
Je venais de livrer les costumes de « La Traviata » pour « Les opéras en plein air », mis en scène par Henry-Jean Servat. Ma première expérience des costumes de scène. Une photo était parue dans Paris Match, montrant Violetta dans le bustier rouge du premier acte. J'étais en plein essayage pour ma collection de haute couture quand j'ai reçu, en ce début d'été 2005, un coup de fil d'un producteur, Thierry Suc. Il me demandait si j'étais intéressé par la conception des costumes d'une chanteuse, sans préciser de qui il s'agissait. Elle avait flashé sur la photo de « La Traviata ». Pourquoi pas... Ce n'est qu'au deuxième appel que j'apprends qu'il s'agit de Mylène Farmer. Je connaissais ses chansons et, bien sûr, ses clips. Je savais que c'était un personnage sensible, complexe, mystérieux, intimidant. Je me suis présenté à la maison de production avec mes books sous le bras. On m'a conduit dans une salle de réunion. Mylène Farmer se tenait au bout de la table. On nous a laissés seuls. Déjà, j'aimais bien la façon dont elle était habillée : une chemise blanche, un pantalon et une petite veste noirs, les cheveux remontés et de très jolies sandales argentées. Elle était très simple, très calme, pas du tout show off. J'ai commencé à lui expliquer mon travail. Elle avait aimé le bustier de velours rouge, comme une coulée de sang. Et c'est parti : pendant trois heures nous avons parlé comme si nous nous connaissions depuis toujours. Elle m'a tout expliqué de son show intitulé « Avant que l'ombre ». Elle ouvrirait le spectacle en descendant du plafond dans une capsule sur une scène en forme de croix. J'ai pensé au film de Mankiewicz, où Cléopâtre emmène Jules César devant le cercueil transparent d'Alexandre. Dans ma tête, il y avait déjà des images et des couleurs. Je l'ai invitée à l'atelier. A partir de là, nous n'avons pas cessé de nous voir, jusqu'au 26 décembre, date de livraison des derniers costumes. Nous ne sommes pas des expansifs. Tout était très retenu. J'ai fait des esquisses. Elle me disait : « Bon, j'adore, mais je ne suis pas sûre de tout comprendre. » J'ai construit des panneaux avec des photos anciennes de ballets russes, des gisants, des peintures symbolistes... et proposé des modèles plus précis. J'ai retrouvé avec Mylène mes premières émotions cinématographiques d'adolescence, « L'histoire d'Adèle H » avec Isabelle Adjani, ce XIXe viscéral et romantique où les émotions nous dominent. Je suis de la même génération, celle d'un romantisme noir. J'ai racheté un disque de Siouxie and the Banshees qui m'évoquait la fin des années 70 quand je suis monté à Paris, mon bac en poche. A l'époque, je dévorais le magazine « 100 idées » et les modèles de Kenzo ou d'Anastasia inspiraient ce que je dessinais pour mes copines. La musique était, et reste toujours, un déclencheur d'émotions. Durant mon adolescence, à Biarritz, je suis passé par toutes les phases : Deep Purple, disco, ska. Etudiant à Esmod, je ne pensais qu'à Mugler, Alaïa et Beretta. J'adorais les images de Serge Lutens.
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