Amélie Nothomb: interview
| Écrit par Bixente Barnetche & Clara Fenez | |
| 08-11-2007 | |
Coup d'Etat à Saint-Germain des Près ! C'est avec Ni d'Eve ni d'Adam que la belge Amélie Nothomb s'empare du Prix de Flore cette année au cours d'une soirée qui a vu défiler aux platines les Putafranges, Justice et Dumb & Dumber... Après une courte nuit et beaucoup de coupes de champagne, l'occasion rêvée pour une interview impromptue.
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Ce n'est pas indispensable, vu que j'ai déjà la plus grande des reconnaissances qui est celle du public. Mais ça fait quand même très plaisir, ça rassure. Etre un écrivain populaire c'est merveilleux, mais il y a une angoisse qui s'installe à n'être que ça : « est-ce que les autres écrivains ont remarqué que j'étais aussi un écrivain ? »
Avec Ni d'Eve ni d'Adam, on a l'impression d'assister à la renaissance d'Amélie Nothomb : un texte de plus grande qualité et mieux travaillé, les derniers ayant été assez critiqués... C'est une volonté délibérée ?
Les deux derniers ont été critiqués mais ça ne veut pas dire qu'ils sont mauvais ! Personnellement, j'ai une très grande estime pour eux, je n'ai pas voulu faire mieux avec ce livre-ci. Les critiques ont tout à fait le droit de ne pas partager mon avis, mais je cherche à chaque fois à faire du mieux que je peux. Comme pour les autres, j'ai essayé de donner le meilleur de moi-même.
Ce roman ci est quand même plus positif. D'ordinaire vos personnages sont assez sombres...
C'est vrai ! Une personne humaine est une chose complexe, composée de beaucoup de noirceur et de beaucoup de lumière, c'est valable aussi pour les écrivains... Il me paraît inévitable qu'il y ait des variations de lumière d'un roman à l'autre. Il y a beaucoup de noirceurs en moi, il est donc normal qu'il y ait beaucoup de romans noirs. Et s'il y a beaucoup de lumière en moi, ça peut arriver que j'écrive des romans plus lumineux. D'une manière générale, et de façon assez réconfortante, on peut s'apercevoir que mes romans autobiographiques sont beaucoup plus lumineux que mes romans fictifs.
Aujourd'hui, avez-vous envie de mettre votre part de lumière plus en avant ?
Je ne peux pas vous garantir que mon prochain roman sera plus lumineux, je n'en ai d'ailleurs aucune idée. Les pronostics n'ont pas lieu d'être, je suis toujours quelqu'un d'heureux et aussi très angoissé avec des choses très sombres : c'est tout ce mélange et cette complexité qui font une personne vivante. C'est beaucoup plus profond que des humeurs, il s'agit de toutes les strates de ma personne, de même que dans chaque personne on trouve des choses positives et des choses très sombres.
Est-ce du Amélie Nothomb ? Si l'auteur rompt fortement avec l'esprit et la réputation qu'elle s'était forgée durant toutes ces années, elle nous montre cette fois qu'elle est encore capable d'innovation et de réflexion sur elle-même et son écriture. Gaie, drôle, créative, presque mutine : celle qui publiait Stupeur et Tremblements il y a quelques années nous offre un nouvel éclairage sur la société nippone d'un point de vue plus personnel et familial.
Certains resteront intrigués par un dénouement si bizarre, voire absurde. D'autres trouveront là le reflet de ce qu'ils ont pu être par le passé et se réconcilier avec la honte. En cette rentrée littéraire où les livres sont des pavés à faire tomber des larmes, le lecteur aura plaisir à trouver un manuscrit frais, qui se lit très vite et qui ne peut laisser indifférent. Et surtout, cette femme si heureuse et si drôle, c'est aussi Amélie Nothomb ! C.F.
Editions Albin Michel - 17,90 €
Vous publiez ce livre bien longtemps après Stupeur et tremblements, il vous a fallu plus de temps ?
J'ai mis très longtemps à l'écrire... Je n'ai jamais pensé que j'écrirais cette histoire, je n'y avais jamais songé. Simplement, au printemps 2006, je suis tombée enceinte de ce livre, ce qui dit bien le peu de décision que j'ai par rapport au phénomène. La métaphore est parfaite en ceci qu'une femme ne sait pas si elle va tomber enceinte d'une fille ou d'un garçon, d'un génie ou d'un crétin, d'un blond ou d'un brun. Je ne choisis pas, je tombe enceinte d'un livre, c'est quelque chose en moi qui décide à ma place et que je ne maîtrise absolument pas.
Vous avez souvent un rapport au corps particulier... Notamment lors de l'ascension du Mont Fuji, seule la nuit...
Je l'ai vraiment fait : vous avez devant vous une grande force de la nature ! C'est la grande énergie zarathoustraïenne, de la jouissance... Je suis un être très physique, et dans le sens le plus jouissif et énergétique du terme. Mais mes romans ont toujours été pudiques, je n'aborde jamais la question sexuelle dans mes livres, ce qui est une originalité aujourd'hui. A cet égard là, je suis peut-être « virginale » ! (rires)
Qu'est-ce que vous entendez dans le livre par l'étreinte fraternelle du samouraï ?
Ce fut la découverte in extremis que c'était quand même une histoire d'amour. Pas l'amour des amoureux, l'amour des samouraïs, des combattants. Il faut lire les pages que la tradition japonaise et Mishima ont consacré au fameux code d'honneur des samouraïs qui présente ça comme une relation d'amour extrêmement sublimée. A ce moment là, je me suis rendue compte que c'était vraiment une histoire d'amour que j'avais eu avec ce garçon. Pas mari et femme mais samouraï et samouraï. Ca m'a bouleversé, j'ai pleuré en écrivant cette scène. Quand je l'ai vécue j'étais clouée : prendre conscience de tant de choses tellement d'années après les faits, c'est quelque chose de très fort.
Vous avez des coups de cœur dans cette rentrée littéraire ?
Il y a par exemple le livre de Stéphanie Hochet paru chez Fayard, Je ne connais pas ma force, qui est vraiment très fort. Sinon mes coups de cœur sont un peu ceux de tout le monde, comme Linda Lê avec In memoriam. Cette année n'a pas manqué de livres ni en qualité, ni en quantité. J'imagine que cette quantité peut être un problème de logement de matériel pour les libraires. Mais sur le fond je ne trouve pas ça choquant.
Vous écrivez environ quatre romans par an mais vous n'en publiez qu'un. Il n'y a pas de frustration à ne pas partager ses écrits ?
Dans mon cas, la question se pose vraiment à l'envers. J'ai très longtemps été un écrivain qui n'écrivait que pour soi. C'était de 17 à 23 ans mais ça m'a fait l'effet de durer très longtemps. La vérité est que c'est un accident que j'en sois arrivée à la publication. Certes, un accident heureux avec beaucoup de bonheur et sans aucun regret... La norme pour moi c'est de ne pas publier, ça me paraît plus naturel.
Par Opti-mix-tic54, Vendredi 9 Novembre 2007 à 11:43 GMT+2 dans Amélie Nothomb (article, RSS)
Vous avez obtenu hier soir le prix de Flore alors qu'en 1999, vous gagniez le Grand Prix du roman de l'Académie Française. Amélie Nothomb devient-elle un auteur branché ?




